Tout a commencé avec une courge spaghetti dans le panier de l’AMAP, je me suis dit « facile ! ». C’est assez neutre, cela ressemble à des pâtes, ça va passer tout seul ! Et … pas du tout, alors qu’elle en mangeait très bien l’année dernière ! Quelques jours plus tard, je discutais avec une maman qui me disait que sa fille devenait difficile, alors qu’elle mangeait de tout avant, comme ma grande miss. Mais que ce passe-t-il ? Pourquoi tous de très nombreux enfants ont des périodes « j’aime pas les légumes » ? C’est le sujet du jour !

pourquoi les enfants n'aiment pas les légumes

Essai n°1 : courge spaghetti à la carbonara

La courge spaghetti est magique : lorsqu’elle est cuite (couper en deux, enlever les graines, au four à 180°C pendant 45min), la chair se détache sous forme de spaghetti. Ensuite, on peut l’accommoder comme des pâtes (carbonara ou bolognaise), en gratin, en galettes, etc. Je fais le plus souvent la version carbonara (oignons/lardons/crème fraiche ou soja), que je fais gratiner au four en remettant tout le mélange dans les coques de peau de courge. Je m’inspire de cette recette. C’est sympa comme présentation ! Pourtant, ma grande miss n’a pas du tout aimé !

Test n°1 : courge spaghetti à la carbonara
Test n°1 : courge spaghetti à la carbonara

Essai n°2 : galette de courge spaghetti

Comme je n’ai eu aucun succès, j’ai cherché une alternative pour re-cuisiner mes restes de courge à la carbonara, qui devait initialement me faire deux repas (voir ici mon organisation). En rajoutant oeuf, lait et farine (selon cette recette), j’ai transformé mon reste de courge en galette (oui, c’est ma manie en ce moment) ! Je l’ai également re-assaisonné avec du thym et du sel fumé, comme le premier essai était un peu fade. J’ai beaucoup aimé, mon compagnon aussi, mais ma grande miss … toujours pas !!! Mais pourquoi les enfants n’aiment plus quelque chose qu’ils aimaient auparavant ?

galette de courge spaghetti
Test n°2 : galette de courge spaghetti

Les rejets alimentaires des enfants

Avant 2 ans, le comportement est généralement simple : l’enfant va la plupart du temps manger de tout. Par contre, de 2 à 6 ans, les choses se compliquent ! En effet, deux phénomènes apparaissent : la « néophobie alimentaire », c’est-à-dire la peur de goûter ce qui est nouveau, et la ” sélectivité alimentaire”, lorsque l’enfant fait le tri dans son assiette. Ces phénomènes touchent la quasi-totalité des enfants, avec une force variable. C’est tout simplement une étape de leur développement ! Des recherches liées au fonctionnement du cerveau ont permis d’identifier une fonction cognitive particulière appelée « catégorisation alimentaire ». Cette compétence naturelle en tant qu’adulte nous permet d’identifier un aliment, peu importe son mode de présentation (par exemple, carottes râpées, en rondelles, en purée : je sais ce que c’est, donc j’accepte d’en manger). Cette fonction n’est pas mature chez le jeune enfant : il ne reconnait pas ce qu’il a dans son assiette. En effet, la néophobie alimentaire, ce n’est pas le rejet de ce qui est nouveau en soi (comme un fruit exotique qu’on n’a jamais goûté), mais c’est la capacité très limitée des enfants à tolérer différents modes de présentation, même pour un ingrédient déjà présenté par les parents. Pour être capable d’identifier un aliment, il faut avoir un système conceptuel mature, ce qui n’est pas encore le cas à cet âge !

Comment surmonter les rejets alimentaires ?

Il s’agit d’enrichir les représentations des aliments dans la tête de nos enfants, puisque ce qui bloque l’acceptation, c’est le mécanisme de reconnaissance. Pour cela, de nombreuses pistes existent :

Jouer avec les représentations visuelles des aliments :

  • Choisir un type d’aliment, par exemple la tomate et explorer avec l’enfant les couleurs et les formes possibles. Cela peut-être fait un jour de marché en choisissant différentes variétés par exemple et se suivre d’une dégustation comparée à la maison. 
  • Utiliser des cartes de nomenclature reprenant les familles d’aliments : mise en paire associant carte et aliment, classification par famille ou par couleur, etc. 

Exposer les enfants à toutes les étapes : de la terre à l’assiette

  • Faire la cueillette soi-même (voir mon article sur le sujet ici).
  • Faire le marché ensemble : observer les fruits et légumes de saison, choisir ensemble ceux qu’on va acheter, échanger avec le producteur sur le mode de culture, etc.
  • Observer la transformation de l’aliment, au fil de sa préparation : épluché, coupé, cuit, etc.
  • Inviter les enfants à cuisiner bien sûr (retrouvez ici les différentes ateliers enfant de mon défi) !
Faire cueillir à l'enfant des légumes
Faire cueillir à l’enfant des légumes … pour lui donner envie de les manger !

Manger soi-même : la stratégie de l’imitation

Manger, en même temps que notre enfant, la même chose que notre enfant : manger ensemble favorise les mécanismes d’acceptation !

Expliquer ce qui se passe dans notre corps

Il s’agit d’adapter le discours pour de jeunes enfants : qu’est-ce que les fruits et légumes contiennent ? Quels effets sur le corps ? Ainsi, l’enfant va progressivement comprendre les liens entre son corps et son alimentation. 

Cuisiner pour apprendre à reconnaître un aliment
Cuisiner pour apprendre à reconnaître un aliment

Au bout de 12 à 15 présentations, sans pression ni contrainte, l’enfant devrait en manger tout seul : patience ! En tant que parent, je trouve cela rassurant de savoir que c’est une étape normale dans le développement de mon enfant. Il va falloir s’armer de patience … et proposer encore de la courge spaghetti ! Ça tombe bien, il y en avait encore une dans mon panier de l’AMAP, comment allons-nous la manger cette fois ?

Et vous, êtes-vous confronté aux rejets alimentaires de vos enfants ? Quelles sont vos astuces pour les dépasser ?

Source : interview de Jérémie Lafraire, chargé de recherche en sciences cognitives au Centre de recherche Institut Paul Bocuse, chercheur associé à l’Institut Jean Nicod CNRS-EHESS-ENS (extrait du livre « Grands apprentissages Montessori pour petites mains » d’Audrey Zucchi)

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  1. Souvent mon petio de 4ans aime goûter les aliments seuls, non accompagné de sauce. peut être une piste? Et puis une fois il aime et une autre fois il n’en veut pas : il ne faut pas faire de drame pour cela ! juste être patient et réessayer !

    • Merci pour tes idées ! C’est vrai qu’on a tendance en tant qu’adulte à faire beaucoup de mélange d’ingrédients, mais nos enfants n’aiment pas forcément cela ! Et le lacher-prise au moment du repas, cela reste difficile pour moi … mais j’y travaille !

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